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LA CANANÉEENNE!  (le 14 - 08 - 05 ) - -Père J-B Blondeau

LA CANANÉENNE !

Une fois de plus le message n'est pas délivré dans une théorie savante. Non, ce n'est décidément pas le style de l'Évangile, le style de Jésus. Ce n'est pas un langage théologique abstrait, ce n'est même pas un catéchisme, quand bien même il peut parfois, en falloir un. C'est un dialogue, à la fois dramatique et savoureux. C'est la rencontre d'une souffrance, d'un désir, d'un espoir qui va devoir se purifier dans une sorte de débat dramatique où on va même entendre des intercesseurs inattendus.

La femme: une Cananéenne. Habitante d'un pays que les Hébreux en Exode devaient occuper. Grosso modo, c'est la Terre Promise. On connaît çà aujourd'hui encore. Il y a des nostalgiques d'un "Grand Israël", respectables sans doute pour les racines qui sont leurs références, mais politiquement anachroniques, qui pourrait le nier sans être suspect de cet intégrisme qui nous menace tous? Illusoire "Septimanie". On ne va pas de I/avant en voulant maintenir, ressusciter un passé révolu. Du coup, c'est la violence. Il n'y a qu'à voir. Sanglante là-bas. Verbale ici, et bien peu productive comme on dit... Oui, les Cananéens, c'étaient des hommes à abattre, d'ailleurs leurs Dieux étaient cruels, tel ce Baal, séducteur sanglant, même de certains juifs. La femme qui rencontre le Seigneur, anonyme, représente à elle seule tout ce peuple ennemi, maudit.

Elle nia donc, en s'adressant à Jésus, aucun titre à faire valoir. Et pourtant... Et pourtant elle va vers lui. Elle le traite de "Seigneur". Elle al semble-t-il, fait des pas vers ce mystère d'Israël qui pourtant menaçait son peuple: "Fils de David !" ", crie-t-elle à ce prophète qu'elle connaît. Cette femme a bougé, elle s'est déplacée, elle vient des territoires de Tyr et de Sidon, mais ce que dit surtout l'Évangile, c'est qu/elle a bougé dans sa tête, elle reconnaît, elle la païenne, la descendance royale de Jésus et l'élection d'Israël. Et malgré tout cela, Jésus jouera porte fermée, malgré l'enjeu, car qui sait si ce démon qui tourmente l'enfant de la femme n'est pas celui de toute la descendance cananéenne dont elle est le symbole? Ce que I/Évangile nous dit, c'est que les Cananéens, ces païens, ont soif du Dieu vivant qui nous libère de nos démons, ces mystérieux tourmenteurs de nos vies qui disent le mal et le malheur qui habitent en nos vies, tant que le Christ et sa Parole ne les ont pas touchées, ne les ont pas guéries.

Mais alors pourquoi ce simulacre de résistance de la part de Jésus? Est-ce pour mettre en relief la nécessaire intervention des disciples? Peut-être. Plus sûrement encore parce qu'il veut, sans doute, des uns et des autres, susciter une réaction pour qu'ils aillent jusqu'au bout de leur foi. Car après tout, il n'avait pas fait tant d'histoire pour le serviteur du Centurion, romain, païen donc tout autant que cette femme.

Là encore, comme chaque fois qu'il y a ce type de rencontre, si nous y sommes attentifs, il s'agit de passer d'un "miracle"T sorte de mécanique un peu magique, à une thérapie bien plus profonde au sein d'un dialogue, d'un échange de paroles. Si Jésus rappelle à cette femme la distance qui la sépare d'Israël, ne dira-t-il pas en Jean 4/22 : "Le salut vient des Juifs"T encore faut-il partager cette foi d'Israël. Et justement Jésus dira de ce païen de Centurion qu'il trouve en lui une foi qu'il n'a pas trouvé en Israël. Et il dira de même à la Cananéenne: "Ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu veux". Oui, c'est bien le message: la puissance de la seule foi qui peut déplacer les montagnes. Elle seule sauve. Et non quelque appartenance que ce soit. "II n'y a plus ni Juifs, ni Grecs" : ce que Paul affirme dans un langage savant nous est dit ici au cœur d'une rencontre et d'un dialogue riche d'émotion, et de tendresse. Incomparable merveille de l'Évangile!".

Père BLONDEAU.

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